“Là où chantent les écrevisses”, de Delia Owens

“Là où chantent les écrevisses”, de Delia Owens

« Un marais n’est pas un marécage. Le marais c’est un espace de Lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel . » (Delia Owens – Là où chantent les écrevisses)

C’est dans ce marais d’une petite ville de Caroline du Nord, que va grandir la petite Kya, abandonnée de tous à son triste sort…La petite va survivre en son sein, apprendre la vie en observant ses habitants -du règne animal et végétal-, s’élever grâce à cette Nature, qui sera pour elle , son refuge et son unique famille.

Rejetée des humains, la « fille des marais » comme la surnomme les habitants de Barkley Cove, va pourtant devenir une magnifique jeune femme, et rencontrer l’Amour de sa vie en la personne de Tate, jeune homme sensible et cultivé, qui va lui apprendre à lire et à écrire, l’initier à la science et à la poésie…Et qui veille sur elle depuis toujours…Point de départ d’un chemin de vie extraordinaire pour Kya .

Mais le sort s’acharne ! Tate l’abandonne à son tour. Elle survit , encore une fois, mais sa profonde et pesante solitude, lui font baisser la garde. Elle croise le chemin d’un autre homme, puis le drame se produit…
Un destin hors du commun, un hymne à la Nature ,une histoire envoûtante dont l’intrigue nous tient en haleine jusqu’aux dernières lignes du livre…Une invitation au voyage intérieur, au retour à l’essentiel… des réflexions profondes sur les préjugés, la différence, la résilience…..

Un grand moment de lecture, duquel on ne voudrait plus sortir ! Immense coup de cœur..

Là où chantent les écrevisses est à lire absolument !!!

“Ce qu’il faut de nuit”, de Laurent Petitmangin

“Ce qu’il faut de nuit”, de Laurent Petitmangin

Masculin. C’est le premier mot qui me vient à propos de “Ce qu’il faut de nuit” de Laurent Petitmangin.

L’univers très masculin d’un père qui élève seul ses deux fils. Les femmes ne sont pas présentes ni au sein de cette famille, ni dans leur entourage. Le meilleur ami, l’ami du père, le foot, le parti…
Masculin. La « Moman » est en filigrane, tout le temps…mais elle est morte. Et ils grandissent tous les trois sans elle, mais avec sa présence, en filigrane, tout le temps…

Sa maladie, puis sa mort sont sans doute le point de départ de la chute de « Fus », l’aîné de la fratrie.

Masculin dans l’écriture aussi. Un côté pragmatique qui s’en tient aux faits. De la pudeur, de la retenue, de l’essentiel…pas de fioritures ici… la vérité brute, authentique. Un langage simple d’homme du peuple.

Un père militant socialiste, engagé qui n’a pas été épargné par la vie, mais qui sait en savourer les petits bonheurs ,entouré de ses fils. Et de l’immensité de l’amour qu’il leur porte.

Et puis tout bascule. L’aîné « fricote » avec le parti de Marine Le Pen, avec le FN .
Sidération pour ce père qui est déchiré au fond de lui, traversé par de nombreux sentiments comme la honte, l’échec, la culpabilité, la haine, l’effroi ..
Mais on a pas le temps de s’apitoyer sur son sort …car déjà, l’étape suivante est franchie. Puis celle d’après. Implacable.

Le récit nous tient en haleine du début à la fin , avec les sentiment permanent de pressentir la suite, sans vraiment oser y croire… On le referme avec « la gorge nouée » comme le titre « Libération ». Avec un éclairage, une vision différente de certains préjugés. Avec de la nuance donc.
Une émotion vive malgré tout, et des questionnements sur la vie, et ses circonstances « aggravantes » ou « atténuantes ».

Moi qui suit aussi une Maman, j’ai vécu avec force les états émotionnels de ce père démuni, dépassé par la vie …

…Et cette fin….

Je ne résiste pas à l’envie de vous partager cet extrait, cette rencontre du père avec le père de l’unique personnage féminin : la petite amie de Fus, dont on sait peu de choses , si ce n’est qu’elle milite au F. N et qu’elle était avec lui au moment des faits…
Face à face de deux hommes si opposés politiquement et idéologiquement et pourtant si proches à la fois dans leur rôle de « papa » , et dans leur condition …

« Mais j’étais d’accord avec le père de Krystyna, cette pauvre fille n’avait rien à faire dans le lot. Je lui avais dit comme cela au père. Ça avait eu l’air de le rassurer. Je lui avais dit aussi que je n’avais aucune idée de comment y arriver. Qu’il devait mieux savoir que moi comment convaincre sa fille. Il m’avait longuement regardé, totalement désarmé. Il m’avait resservi un gorgeon. Il s’était remis à soupirer en regardant ses mains. Putain, il était où le militant facho sûr de son fait ? Je ne voyais qu’un pauvre type, comme moi, tout aussi décontenancé. »

Ce livre a recueilli de nombreux prix : Georges Brassens, finaliste prix Femina des lycéens, prix des médias …
“Ce qu’il faut de nuit” de Laurent Petitmangin est également sélectionné pour le prix Rosine Perrier…