« Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano, Sophie Ruffieux & Lylian

« Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano, Sophie Ruffieux & Lylian

Alors pour commencer, je n’ai jamais lu le fameux roman dont cette BD est issue 😉 ..et pourtant, comme annoncé sur la pastille de couverture, il a fait  » 3 millions de lecteurs heureux » ! …mea culpa… et je vais me rattraper 😉 !!

J’ai adoré lire cette BD ( de 200 pages ! ) aux images et aux couleurs rafraichissantes, et découvrir l’histoire de Camille, gagnée par « une indicible morosité » et dont le cours de sa vie va changer grâce à une rencontre surprenante…

En effet, cette jeune femme qui a tout sur le papier pour être heureuse (mari, enfant, travail..) s’est peu à peu « étiolée » au fil du temps, et a laissé le bonheur et sa joie de vivre lui glisser lentement entre les doigts…Une rencontre, un déclic, et voilà Camille prête à reprendre son destin en main, aidée par Claude, un énigmatique « routinologue » qui lui propose son aide dans le cadre d’un accompagnement spécifique et original…

Au  fil des pages, on suit alors la « révolution intérieure de Camille », jusqu’alors étouffée dans son train-train quotidien, par une accumulation de compromis, par l’oubli d’elle même , par tout ce qui l’a éloigné progressivement de sa nature profonde…

On vit avec elle les petits et grands échecs, les immenses joies, les doutes, les profonds moments de détresse, les crises, les grandes victoires, les peurs, .. bref, tout le flot d’émotions qu’un tel changement peut susciter ..On assite également à toutes les craintes et aux différentes postures que cela provoque aussi dans son entourage..

Le changement de regard que Camille porte sur elle, au fur et à mesure de son évolution et de sa prise de confiance en elle est très intéressant, sans parler de l’ « effet miroir » et du regard des autres… (peu de considération pour soi = peu de considération des autres)

Camille s’accroche, fait preuve d’une grande persévérance, poussée par cet incroyable instinct de vie, de survie… et cette soif infinie du retour vers elle même ..

Entre développement personnel, et lecture « feel good » cette BD est passionnante ,captivante car très « actuelle » . En effet, notre société nous pousse vers un mode de vie contre nature, et beaucoup d’entre nous ont éprouvé / éprouvent ce besoin de reconnexion à soi, cette quête de sens…Il est très facile pour la lectrice / le lecteur de s’identifier au personnage de Camille, d’assister avec joie (et envie?) à son « déploiement » ..telle une fleur qui s’épanouit sous un jour nouveau  ..

Et pour finir de vous donner envie de découvrir cette B.D, voici une petite citation d’Oscar Wilde 😉 (enseignée  par Claude à Camille) :

« La sagesse c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit » 🙂 

 

 

« Les lendemains » de Mélissa Da Costa

« Les lendemains » de Mélissa Da Costa

« Les lendemains » c’est l’histoire d’Amande, jeune femme à qui la vie réservait tout : le plus bel avenir , les plus belles promesses… Pourtant à l’aube de cet avenir radieux, le monde d’Amande va subitement, soudainement s’écrouler…

L’onde de choc dévastatrice , violente et incompréhensible va pousser Amande à se retrancher, « à fuir la lumière », au sens propre comme au figuré . Fuir cette lumière qui lui aura tout volé ; le jour de la fête de l’été.

Par instinct de survie, elle va trouver refuge, se reclure dans une maison, au cœur de la nature, et assouvir ainsi son besoin de solitude et d’isolement. Lorsqu’un jour elle découvre les agendas de l’ancienne propriétaire des lieux , – qui consignait scrupuleusement tous ses travaux de jardinage, au rythme des saisons – , sa vie va peu à peu prendre un chemin inattendu …  Amande va alors se raccrocher à ces calendriers qui lui dictent ainsi comment « remplir » son quotidien. Ces « tâches » vont alors progressivement se transformer en plaisir, et elle va découvrir -et se découvrir- une véritable passion, et admiration pour la Nature et pour ses cycles : vie – mort – renaissance. La vie naîtra de nouveau, c’est une certitude, à l’image de la graine qui germe sur le compost. Petit à petit, ce chemin initiatique va lui ouvrir le chemin de la résilience.

J’ai beaucoup aimé ce livre, car évidemment il a fait écho à mon propre ressenti, et à ce plaisir immense que je ressens lorsque je travaille dans mes champs… J’ai aimé suivre ce retour à la vie, qui s’inscrit sur le fil des saisons, et la transformation qui s’opère peu à peu en Amande, jeune femme introvertie et citadine, qui va retrouver le goût de vivre et le célébrer en instituant des rituels pour honorer le vent, la lune, la naissance des fleurs ou encore des oiseaux … Tout doucement,  elle va ainsi dépasser ses limitations et transformer le tsunami de souffrances qui l’a submergé, en une source intarissable d’inspiration pour créer du « beau »…

Je n’en dis pas plus, je vous laisserai le soin de le découvrir par vous même … 😉

« Morceaux choisis »

« Elles sont là, les larges feuilles vertes nervurées. Cinq choux se débattent pour voir le jour, sortir de terre, étendre leurs feuilles vers le ciel. J’en suis bouleversée. C’est moi qui l’ai accompli. Semer des graines, faire renaître la vie sur une terre stérile et depuis longtemps abandonné. J’ai réussi. Cinq choux sont nés (…) Décidément c’est beaucoup de vie pour une seule nuit (…) Mes papilles s’éveillent. J’ai oublié mon angoisse pour un temps, émerveillée que je suis par la naissance de mes légumes et la perspective de ce dîner. »

« J’entre dans la cuisine, mon manteau encore sur moi. J’embrasse mon petit décor du regard : ma vieille table en bois, mes quatre chaises, mon évier dans lequel se trouve ma tasse sale du matin, et l’égouttoir accueillant deux gros choux verts, la feuille sur le mur, Célébrer. Le vent souffle au dehors, menaçant. Je suis heureuse d’être rentrée. Je ne me suis absentée qu’une journée, la première depuis que j’ai emménagé, et ma maison m’a manqué. Je m’endors d’une jolie humeur ce soir là (…) Un bonheur rafistolé mais un bonheur quand même. »

« La tête sur l’oreiller, je songe à Richard dans le salon, à son abattement plus que normal. Je l’ai connu, moi aussi, quelques mois plus tôt, quand j’errais, bourrée de somnifères, d’une pièce à l’autre, tous volets fermés. Mais j’ai confiance en ma maison, son calme, son charme, les couleurs dans les arbres, le tintement doux du carillon à vent dans le saule, l’odeur des pissenlits qui envahissent l’herbe. Il finira par se sentir plus léger. Comme moi. »

 

« La femme révélée » de Gaëlle Nohant

« La femme révélée » de Gaëlle Nohant

J’ai découvert Gaëlle Nohant et sa plume extraordinaire à travers ce roman, sélection du prix Rosine Perrier 2021. Un coup de cœur immense pour ce destin de femme forte , qui se révèle à elle même au travers des épreuves : « la femme révélée » , une héroïne touchante de part sa fragilité et la force qu’elle va puiser en elle, grâce à sa furieuse envie de survivre…de VIVRE…

L’histoire :

Nous plongeons dans la grande Histoire, celle du Paris et du Chicago d’après guerre, des années 50 à 70.

Eliza, désormais rebaptisée Violet ,va fuir son mari (entrepreneur sans scrupules qui profite de la ségrégation pour loger à prix d’or la population noire dans des taudis infâmes), et son pays d’origine pour se réfugier dans le Paris tant aimé de son père qui n’est plus de ce monde. Ce père sociologue, homme de conviction, et fervent défenseur du droit des opprimés.

Elle laissera derrière elle sa vie, son statut social, mais bien plus que tout , son fils chéri Tim, qui est ce qu’elle a de plus cher au monde.

Pour sa survie, pour l’espoir de le retrouver un jour, pour lui transmettre qui elle est, lui partager une autre vision … elle se BATTRA .

Son arme ? C’est  sa passion, son art…la photographie. Timidement, elle mettra son appareil photo entre elle et le reste du monde, et réhabilitera par la subtilité et l’amour de son regard, les plus démunis…

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Elle en fera alors son métier, puis son fer de lance au cœur des émeutes de Chicago où elle fera son retour 20 ans plus tard…

Vous l’aurez compris, c’est un roman qui nous parle d’engagements, de combats, de racisme, de la condition des femmes -encore et toujours- mais aussi d’art (la photo) et de musique ! … Un fond de jazz est omniprésent , comme un fil rouge envoûtant qui nous enveloppe de grâce et de poésie pour aller se confronter à cette période trouble de l’ Histoire de l’humanité… et malheureusement encore si contemporaine …

 » Morceaux choisis « 

«Dans sa violence, le destin m’envoie un signe : c’est ici et maintenant que je dois retrouver les ressources de ma survie. Elle ne devra rien à Adam, hormis l’argent du bracelet offert au temps où il ne ménageait pas ses efforts pour m’apprivoiser. Je ne pouvais le porter sans penser à tout ce qui s’était défait, et qui n’avait peut-être existé que dans l’esprit d’une gamine naïve et impatiente d’aimer . La froideur du métal reflétait celle de mon mari : une main glacée retenant mon poignet. »

« J’ai rencontré cet homme qui était amoureux de moi, rassurant, protecteur. à ce moment-là ma vie était une bataille, mon père était mort et tout à coup, j’avais le sentiment d’arriver au port. Et puis ça me permettait d’échapper à ma famille maternelle… »(…) « Dans mon milieu , la solitude était le sort réservé aux laides et aux veuves, que personne ne recevait car on les soupçonnait de voler les maris des autres. »

« Nous avons fait de la nuit notre territoire, ne dormant que par courtes redditions. Nous n’avions plus histoire ni passé, tenaillés par une faim insatiable. Son corps devenait la continuité du mien. Ma géographie l’émouvait. »

« Regardez ces visages de gosses, ces jeunes femmes qui nous sourient dans leur décor glauque, ces vieillards qui ont l’air de traverser le temps, d’avoir fait toutes les guerres… Ce qui touche, ce n’est pas leur univers sordide, c’est le regard que vous portez sur eux . Rien de misérabiliste, vous n’en faites pas des victimes. Au contraire, vous leur rendez leur dignité. En miroir vous ridiculisez ce monde de blanc qui les traite en inférieurs. Ces photos nous parlent aussi de celle qui les a prises…

« Après l’avoir quitté, Robert m’a dit que les Maghrébins étaient les Noirs des Français. Je m’interroge sur le besoin qu’ont les hommes de se fabriquer des inférieurs sous toutes les latitudes. »

« J’avais été lente à comprendre des choses importantes mais ce chemin était le mien; c’était à ce prix que je me sentais aujourd’hui plus solide et plus libre, capable de colère et d’amour. Je n’avais plus besoin que le fantôme de mon père me tienne la main. »

« Là où chantent les écrevisses », de Delia Owens

« Là où chantent les écrevisses », de Delia Owens

« Un marais n’est pas un marécage. Le marais c’est un espace de Lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel . » (Delia Owens – Là où chantent les écrevisses)

C’est dans ce marais d’une petite ville de Caroline du Nord, que va grandir la petite Kya, abandonnée de tous à son triste sort…La petite va survivre en son sein, apprendre la vie en observant ses habitants -du règne animal et végétal-, s’élever grâce à cette Nature, qui sera pour elle , son refuge et son unique famille.

Rejetée des humains, la « fille des marais » comme la surnomme les habitants de Barkley Cove, va pourtant devenir une magnifique jeune femme, et rencontrer l’Amour de sa vie en la personne de Tate, jeune homme sensible et cultivé, qui va lui apprendre à lire et à écrire, l’initier à la science et à la poésie…Et qui veille sur elle depuis toujours…Point de départ d’un chemin de vie extraordinaire pour Kya .

Mais le sort s’acharne ! Tate l’abandonne à son tour. Elle survit , encore une fois, mais sa profonde et pesante solitude, lui font baisser la garde. Elle croise le chemin d’un autre homme, puis le drame se produit…
Un destin hors du commun, un hymne à la Nature ,une histoire envoûtante dont l’intrigue nous tient en haleine jusqu’aux dernières lignes du livre…Une invitation au voyage intérieur, au retour à l’essentiel… des réflexions profondes sur les préjugés, la différence, la résilience…..

Un grand moment de lecture, duquel on ne voudrait plus sortir ! Immense coup de cœur..

Là où chantent les écrevisses est à lire absolument !!!

« Ce qu’il faut de nuit », de Laurent Petitmangin

« Ce qu’il faut de nuit », de Laurent Petitmangin

Masculin. C’est le premier mot qui me vient à propos de « Ce qu’il faut de nuit » de Laurent Petitmangin.

L’univers très masculin d’un père qui élève seul ses deux fils. Les femmes ne sont pas présentes ni au sein de cette famille, ni dans leur entourage. Le meilleur ami, l’ami du père, le foot, le parti…
Masculin. La « Moman » est en filigrane, tout le temps…mais elle est morte. Et ils grandissent tous les trois sans elle, mais avec sa présence, en filigrane, tout le temps…

Sa maladie, puis sa mort sont sans doute le point de départ de la chute de « Fus », l’aîné de la fratrie.

Masculin dans l’écriture aussi. Un côté pragmatique qui s’en tient aux faits. De la pudeur, de la retenue, de l’essentiel…pas de fioritures ici… la vérité brute, authentique. Un langage simple d’homme du peuple.

Un père militant socialiste, engagé qui n’a pas été épargné par la vie, mais qui sait en savourer les petits bonheurs ,entouré de ses fils. Et de l’immensité de l’amour qu’il leur porte.

Et puis tout bascule. L’aîné « fricote » avec le parti de Marine Le Pen, avec le FN .
Sidération pour ce père qui est déchiré au fond de lui, traversé par de nombreux sentiments comme la honte, l’échec, la culpabilité, la haine, l’effroi ..
Mais on a pas le temps de s’apitoyer sur son sort …car déjà, l’étape suivante est franchie. Puis celle d’après. Implacable.

Le récit nous tient en haleine du début à la fin , avec les sentiment permanent de pressentir la suite, sans vraiment oser y croire… On le referme avec « la gorge nouée » comme le titre « Libération ». Avec un éclairage, une vision différente de certains préjugés. Avec de la nuance donc.
Une émotion vive malgré tout, et des questionnements sur la vie, et ses circonstances « aggravantes » ou « atténuantes ».

Moi qui suit aussi une Maman, j’ai vécu avec force les états émotionnels de ce père démuni, dépassé par la vie …

…Et cette fin….

Je ne résiste pas à l’envie de vous partager cet extrait, cette rencontre du père avec le père de l’unique personnage féminin : la petite amie de Fus, dont on sait peu de choses , si ce n’est qu’elle milite au F. N et qu’elle était avec lui au moment des faits…
Face à face de deux hommes si opposés politiquement et idéologiquement et pourtant si proches à la fois dans leur rôle de « papa » , et dans leur condition …

« Mais j’étais d’accord avec le père de Krystyna, cette pauvre fille n’avait rien à faire dans le lot. Je lui avais dit comme cela au père. Ça avait eu l’air de le rassurer. Je lui avais dit aussi que je n’avais aucune idée de comment y arriver. Qu’il devait mieux savoir que moi comment convaincre sa fille. Il m’avait longuement regardé, totalement désarmé. Il m’avait resservi un gorgeon. Il s’était remis à soupirer en regardant ses mains. Putain, il était où le militant facho sûr de son fait ? Je ne voyais qu’un pauvre type, comme moi, tout aussi décontenancé. »

Ce livre a recueilli de nombreux prix : Georges Brassens, finaliste prix Femina des lycéens, prix des médias …
« Ce qu’il faut de nuit » de Laurent Petitmangin est également sélectionné pour le prix Rosine Perrier…