« Le tatoueur d’Auschwitz » d’Heather Morris

« Le tatoueur d’Auschwitz » d’Heather Morris

« Le tatoueur d’Auschwitz » d’Heather Morris, est un livre qu’il serait bon de remettre dans les mains d’un plus grand nombre… Un récit, un témoignage bouleversant sur l’enfer vécu dans le camp d’Auschwitz , mais surtout une histoire d’amour qui naît, qui désire être vécue, survivre à cette horreur, telle un poing révolté et tendu vers le ciel.

La puissance de cette volonté qui ne renonce pas, ne renoncera jamais, et cultive obstinément l’espoir est saisissante.

Heather Morris a prêté sa plume à Lale Sokolov qui lui a transmis cette histoire, qui est son histoire.

Résumé : 

Avril 1942 : Lale n’est qu’un jeune homme de 24 ans lorsqu’après un long voyage vers l’inconnu ,entassé dans un wagon à bestiaux il débarque à Auschwitz. Le voyage n’était qu’une première étape vers l’enfer , et le début d’un long processus de déshumanisation…

Lale est un jeune homme raffiné, éduqué, issu d’une famille aimante originaire de Slovaquie. Dès ses premiers pas dans le camp, il comprend que la « bête dévorante » qui cherche à lui faire perdre son identité continue sa basse besogne. Implacable.

Sa valise au sol, il sait  alors qu’il ne reverra probablement plus jamais son contenu :

« Lale sent un poids sur ses épaules, une lourdeur qui se loge dans ses omoplates . « Désolé maman, ils ont tes livres » 

J’ai frissonné à la lecture de cette phrase, et j’en frissonne encore en la relisant ; toute l’émotion du moment est traduite avec justesse à travers ces quelques mots…

Il va pourtant malgré lui , devenir acteur de cette déshumanisation. En devenant le « Tätowierer » il participe à cette sinistre tâche, lourde de sens. Pourtant, c’est aussi grâce à cette « fonction », sans doute, qu’il va réussir à apporter quelques menus « conforts » dans sa vie, et dans celle de ceux qu’il va aider durant tout le temps de son passage au camp… Une ambivalence de sentiments et d’émotions s’installe…

C’est d’ailleurs en devenant le « Tätowierer » que Lale va faire la connaissance de Gita :

« Lale s’efforce de ne pas lever les yeux. Il tend la main pour prendre le morceau de papier que la jeune fille lui présente. Il doit reporter les cinq chiffres sur son bras gauche. Il y a déjà un numéro pratiquement effacé. Il enfonce l’aiguille, effectue un grand nombre de petites piqûres pour tracer un 3, le plus délicatement possible. Le sang suinte. L’aiguille n’est pas allée suffisamment en profondeur, il est contraint de recommencer. Elle accepte la douleur que Lale lui inflige sans broncher. Elles ont été prévenues – ne rien dire, ne rien faire-. Après avoir essuyé le sang, il appose l’encre verte sur la peau incisée.

(…) Lale est trop lent. Tatouer le bras des hommes est une chose ; marquer des jeunes filles dans leur chair en est une autre (…) Sa main s’attarde un peu trop longtemps sur le bras de la jeune fille . Il la regarde dans les yeux. Un sourire effleure ses lèvres (…) Quand il lève à nouveau les yeux, la jeune fille a disparu »

Cette jeune fille c’est Gita bien sûr, et ils vont réussir à se revoir…C’est donc ainsi, réduits à un statut de « numéro » tatoué sur le bras que ces deux êtres vont pourtant se découvrir et s’aimer. Au milieu du chao, de l’enfer, cet amour va s’en doute leur donner la force, l’espoir et la fureur de vivre …afin que cette histoire puisse avoir une chance de survivre au camp de la mort…

« Dans cette prison où l’on se bat pour un morceau de pain et pour sauver sa vie, il n’y a pas de place pour l’amour « .

Pourtant Lale a fait une promesse à Gita : un jour , ils seront libres et heureux de vivre ensemble.

Gita est morte le 3 otobre 2003.

Lale est mort le 31 octobre 2006.

La postface a été écrite par Gary Sokolov… leur fils.

Ne pas oublier…

 

« Nus » de Laure Becdelièvre

« Nus » de Laure Becdelièvre

Récit  » contemplatif  » dans lequel s’entremêlent trois thèmes forts :

*La nudité bien sûr, notamment au travers du regard – artistique et sociétal – que l’on porte sur Mathilde, personnage principal de ce roman, qui est modèle vivant.

*Les attentats … et l’onde de choc liée à un concert devenu tristement célèbre … Mathilde et son compagnon ont perdu leur ami, leur frère de cœur ce soir là…Karim, jeune père de famille est mort sous les balles de cette terrible attaque meurtrière, et il a emporté avec lui l’innocence et la légèreté de ses amis, symbole de cette génération, meurtrie, marquée au fer rouge, foudroyée en plein bonheur…

* La vie ou plus précisément le fait de donner la vie. Car la vie et la mort flirtent ensemble tout au long de cette histoire .. L’une a pris ses racines sur l’autre… s’est invitée, s’est faite désirée, tel un pied de nez à la tragédie… au sein de ce couple quarantenaire, au creux du corps de Mathilde, qui jusqu’alors n’avait jamais envisagé de devenir Maman…

Ce roman est empli de sensibilité, de poésie, de douceur … Il nous invite à un temps calme, un temps de repos, un temps d’évasion, de retour à soi …

J’ai aussi beaucoup aimé découvrir l’univers artistique,  » l’envers du décor « ,   de ces ateliers et écoles d’art … Un beau voyage en somme 😉 !

Résumé : 

« Mathilde est un modèle vivant de nu artistique en ateliers et écoles d’art. Son métier la pose et la comble, malgré la rupture avec sa mère que ce choix de vie lui a value dix ans plus tôt.

Drôle de métier pourtant, lorsqu’on tombe enceinte et qu’on peut difficilement cacher son corps qui change. Du jour où Mathilde attend un enfant, ses repères sont bouleversés, dans sa vie de muse comme dans sa vie de couple.

Son intimité lui échappe. Mais elle se sent aussi habitée, plus que jamais. Parée d’une nudité épaisse, lui donnant des forces inattendues pour affronter un monde qui a perdu ce qui lui restait d’insouciance, et où d’une balle de kalachnikov on peut perdre un ami. »

Pour accompagner cette lecture, je vous recommande  la tisane d’Achillée  ( les petites fleurs sur la photo ! ) , plante mère-veilleuse du Féminin, qui est ici tout indiquée 😉 ; n’hésitez pas à découvrir ses vertus, et bienfaits ici 🙂

« Les Demoiselles » d’Anne-Gaëlle Huon

« Les Demoiselles » d’Anne-Gaëlle Huon

« Le destin , ce n’est pas une question de chance. C’est une question de choix. »

1923. Rosa, jeune espagnole de 15 ans décide de traverser les montagnes pour rejoindre le Pays Basque et travailler le temps d’une saison dans un atelier d’espadrilles, comme tant d’autres à cette époque, surnommées les « hirondelles« …

Un premier drame va se dérouler pendant cette dure traversée . Ce sera le point de départ de toute une vie; une vie que l’on découvre tout au long de cette lecture captivante, où la petite histoire nous raconte la Grande…

Pour Rosa, il ne s’agissait pas de se constituer un trousseau pour se marier, cette « migration » temporaire devait lui permettre de prendre son destin en main, d’échapper à sa condition… La nuance est importante, pour comprendre la vie de cette femme, fictive certes, mais qui représente à elle seule les changements sourds qui s’opèrent en chaque femme à cette époque.

Arrivée en France, rien ne se déroulera comme prévu, et cette jeune « hirondelle » va croiser la route d’intrigantes « cocottes »…

Des destins de femmes extraordinaires, d’un temps pas si lointain, où la condition féminine était encore chaotique.. Des sujets, pour le droit des femmes y sont abordés sous une plume juste et poignante, et à travers la vie de Rosa et de ses amies, on replonge – parfois avec effarement- dans des moments dramatiques de l’Histoire des Femmes, qui ont permis , progressivement (et tout n’est pas encore gagné !) l’évolution de notre société…

« Je ne me souviens pas de l’adresse ni des mots prononcés. Seulement du sang, des cris, et des aiguilles à tricoter. »

« Tu dois savoir qu’à l’époque, Liz, les divorcées étaient forcément considérées comme des traînées. Ce que l’on avait du mal à croire quand on voyait Mlle Thérèse, ses cheveux de neige, ses longues jupes plissées et son chemisier boutonné jusqu’au cou. »

« le souvenir de ma mère morte en couches, les cernes de Carmen et les coups que Robert frappait parfois la nuit à la porte, me faisait dire que je vivais mieux sans. Sans époux, sans amant. »

Pourtant à travers ces destins de femmes parfois tragiques, c’est bien une ode à la vie et à ses plaisirs dont nous parle l’auteure.

Recueillie dans la maison des Demoiselles, ces femmes mystérieuses et fantasques « qui vivent au milieu des livres, des jarretières et des coupes de champagne », Rosa va peu à peu s’émanciper, grandir et laisser la jeune fille fragile derrière elle pour devenir la femme forte, libre, audacieuse et inspirante qu’elle restera toute sa vie.

« Il n’y a que trois règles ici. La première: ne jamais tomber amoureuse. La deuxième: ne jamais voler l’homme d’une autre. La dernière: ne boire que du champagne millésimé »  De ces trois règles, une seule pourtant serait respectée. »

Ce livre est un voyage .. voyage dans le temps, bien sûr, mais aussi à travers l’Espagne, le Pays Basque (dont l’auteure parle avec tant d’amour !), Paris, et même l’Amérique ! .. avec pour fil rouge, la résilience et l’émancipation de ces femmes « hors normes »…

« Le Paris de la Belle époque était celui de toutes les extravagances »

« Les pigeons, les oies, les grues, les cocottes, les hirondelles. Tous ces noms d’oiseaux, volatiles en quête de plaisir et de liberté. »

« J’avais été élevée par une vielle dame et un prêtre pour qui le plaisir n’était synonyme que de culpabilité. »

« Au milieu des machines, des croquis, des maquettes et des boîtes à chaussures , on dansait, on riait on chantait ».

« Les Demoiselles », c’est enfin et avant tout  l’histoire de femmes cabossées par la vie, qui ne se sont pas résignées, et qui malgré les épreuves se sont battues avec courage pour leur liberté et leur droit au bonheur. De leurs blessures elles feront leurs forces, tout en tendant leurs mains à leurs sœurs d’infortune.

L’écriture authentique, documentée, passionnée d’Anne Gaelle Huon m’ a transporté… Difficile pour moi de me défaire de cette histoire brûlante, incandescente… ( à quand un tome 2 ?!? ) Merci Madame pour ce beau voyage, pour ces frissons, pour ces émotions, pour la narration de ce vécu, de l’histoire de ces « hirondelles », et de ces « cocottes », que je ne connaissais que trop peu, et qui s’inscrit pourtant telle une énième victoire en chacune d’entre nous.

Ce roman est tout simplement enivrant…alors, à l’image de ces Demoiselles, je vous invite à lire ce roman , et à trinquer à la vie avec une coupe de champagne millésimé 😉

« L’espoir, ce n’est pas de croire que tout ira bien, il a soufflé. Mais de croire que les choses ont un sens. »

 

 

 

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » de Virginie Grimaldi

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » de Virginie Grimaldi

Anna 37 ans, est « étranglée » par la vie…elle s’épuise dans un travail ingrat, doit s’accommoder de la pression des huissiers, et élève seule ses deux filles: Chloé et Lily.

La première a 17 ans : brillante mais désabusée , l’avenir semble éteint à travers ses yeux… Un trou béant dans le cœur, lui fait chercher l’amour dans les bras des garçons…elle se donne vite, pour ne pas les perdre, mais aucun d’entre eux ne reste auprès d’elle, malgré ses espoirs fous…

La cadette, qui a 12 ans, n’aime pas beaucoup les gens, qui la jugent d’ailleurs « étrange » (ce qui ne lui vaut pas que des moments heureux à l’école…)  Son meilleur ami est un rat, qu’elle a baptisé du nom de son père, « parce qu’il a quitté le navire », lui aussi.

Toutes les trois, se croisent bien plus qu’elles ne vivent ensemble… mais quand un jour le déclic se produit,  Anna « percute », et se rend compte à quel point ,elle et ses filles vont mal . Elle prend alors une décision folle, poussée par sa grand-mère qui veille sur elle depuis toujours…

Ces trois femmes  vont partir en camping car , pour un périple hors du commun, direction la Scandinavie. Avec pour objectif, de se retrouver, de faire une pause, de souffler,…de profiter.. afin que chacune puisse aller de l’avant à leur retour.

Trois âges, trois générations, trois femmes, et trois voix qui se répondent…au travers d’un récit lumineux, qui nous parle du sens de la vie, des chemins qui ne sont pas toujours ceux que l’on croit…de résilience, aussi. Et d’espoir, bien sûr.

Pour ma part, c’est le premier « Grimaldi » que je lis… je découvre donc cette auteure au succès incroyable,  à travers ce roman . J’ai trouvé dans cette lecture de la légèreté, de la « couleur », à l’image de sa jolie couverture ! Un moment « feel good », idéal pour se changer les idées, ou partir en vacances !

« Morceaux choisis »

« Si j’avais réfléchi, j’aurai changé d’avis. Je ne suis pas une aventurière. Je n’aime pas les surprises, j’ai besoin de tout anticiper, de tout organiser. L’inconnu m’angoisse, le manque de contrôle me tétanise. Je me suis enfermée dans une bulle rassurante, les mêmes lieux, les mêmes personnes, les mêmes trajets. »

« Je ne fais pas exprès d’ouvrir le message. Je voulais juste voir l’heure. La photo s’impose sur tout l’écran, agressive, violente. En légende, un certain Kevin écrit : « à ton tour ! « . J’ai la nausée. Qu’ai je loupé pour que ma fille pense qu’on doive se séduire en échangeant des photos de son intimité ? Qu’ai je mal fait pour que mon bébé croie que les préliminaires commencent par message privé ? » …

Pssst .. il y a une petite nouveauté sur la photo 😉 , je commence avec ce post, ma « série » Un livre, une tisane ! Parce que mon truc à moi (avec les livres bien sûr !! ) , c’est les plantes .. c’est d’ailleurs mon métier  ! Alors au fil de mes lectures, je me laisse inspirer pour vous présenter une de mes créations 🙂 

Pour ce livre, j’avais prévu une tout autre scénarisation pour la photo … mais comme depuis un certain temps, nous manquons (cruellement !) de soleil (chez vous aussi ??) et… « qu’il était temps de rallumer les étoiles » 😉  .. j’ai amené de la lumière, du doré, du printemps.. avec cette fleur de saison la primevère officinale. 

Si cette plante et ses vertus vous intéresse, je vous invite à visiter mon autre site « la Yourte Végétale« , pour un maximum d’informations.. ou encore l’espace boutique, si vous vous laissez tenter ! 😉 

« Les lendemains » de Mélissa Da Costa

« Les lendemains » de Mélissa Da Costa

« Les lendemains » c’est l’histoire d’Amande, jeune femme à qui la vie réservait tout : le plus bel avenir , les plus belles promesses… Pourtant à l’aube de cet avenir radieux, le monde d’Amande va subitement, soudainement s’écrouler…

L’onde de choc dévastatrice , violente et incompréhensible va pousser Amande à se retrancher, « à fuir la lumière », au sens propre comme au figuré . Fuir cette lumière qui lui aura tout volé ; le jour de la fête de l’été.

Par instinct de survie, elle va trouver refuge, se reclure dans une maison, au cœur de la nature, et assouvir ainsi son besoin de solitude et d’isolement. Lorsqu’un jour elle découvre les agendas de l’ancienne propriétaire des lieux , – qui consignait scrupuleusement tous ses travaux de jardinage, au rythme des saisons – , sa vie va peu à peu prendre un chemin inattendu …  Amande va alors se raccrocher à ces calendriers qui lui dictent ainsi comment « remplir » son quotidien. Ces « tâches » vont alors progressivement se transformer en plaisir, et elle va découvrir -et se découvrir- une véritable passion, et admiration pour la Nature et pour ses cycles : vie – mort – renaissance. La vie naîtra de nouveau, c’est une certitude, à l’image de la graine qui germe sur le compost. Petit à petit, ce chemin initiatique va lui ouvrir le chemin de la résilience.

J’ai beaucoup aimé ce livre, car évidemment il a fait écho à mon propre ressenti, et à ce plaisir immense que je ressens lorsque je travaille dans mes champs… J’ai aimé suivre ce retour à la vie, qui s’inscrit sur le fil des saisons, et la transformation qui s’opère peu à peu en Amande, jeune femme introvertie et citadine, qui va retrouver le goût de vivre et le célébrer en instituant des rituels pour honorer le vent, la lune, la naissance des fleurs ou encore des oiseaux … Tout doucement,  elle va ainsi dépasser ses limitations et transformer le tsunami de souffrances qui l’a submergé, en une source intarissable d’inspiration pour créer du « beau »…

Je n’en dis pas plus, je vous laisserai le soin de le découvrir par vous même … 😉

« Morceaux choisis »

« Elles sont là, les larges feuilles vertes nervurées. Cinq choux se débattent pour voir le jour, sortir de terre, étendre leurs feuilles vers le ciel. J’en suis bouleversée. C’est moi qui l’ai accompli. Semer des graines, faire renaître la vie sur une terre stérile et depuis longtemps abandonné. J’ai réussi. Cinq choux sont nés (…) Décidément c’est beaucoup de vie pour une seule nuit (…) Mes papilles s’éveillent. J’ai oublié mon angoisse pour un temps, émerveillée que je suis par la naissance de mes légumes et la perspective de ce dîner. »

« J’entre dans la cuisine, mon manteau encore sur moi. J’embrasse mon petit décor du regard : ma vieille table en bois, mes quatre chaises, mon évier dans lequel se trouve ma tasse sale du matin, et l’égouttoir accueillant deux gros choux verts, la feuille sur le mur, Célébrer. Le vent souffle au dehors, menaçant. Je suis heureuse d’être rentrée. Je ne me suis absentée qu’une journée, la première depuis que j’ai emménagé, et ma maison m’a manqué. Je m’endors d’une jolie humeur ce soir là (…) Un bonheur rafistolé mais un bonheur quand même. »

« La tête sur l’oreiller, je songe à Richard dans le salon, à son abattement plus que normal. Je l’ai connu, moi aussi, quelques mois plus tôt, quand j’errais, bourrée de somnifères, d’une pièce à l’autre, tous volets fermés. Mais j’ai confiance en ma maison, son calme, son charme, les couleurs dans les arbres, le tintement doux du carillon à vent dans le saule, l’odeur des pissenlits qui envahissent l’herbe. Il finira par se sentir plus léger. Comme moi. »

 

« La femme révélée » de Gaëlle Nohant

« La femme révélée » de Gaëlle Nohant

J’ai découvert Gaëlle Nohant et sa plume extraordinaire à travers ce roman, sélection du prix Rosine Perrier 2021. Un coup de cœur immense pour ce destin de femme forte , qui se révèle à elle même au travers des épreuves : « la femme révélée » , une héroïne touchante de part sa fragilité et la force qu’elle va puiser en elle, grâce à sa furieuse envie de survivre…de VIVRE…

L’histoire :

Nous plongeons dans la grande Histoire, celle du Paris et du Chicago d’après guerre, des années 50 à 70.

Eliza, désormais rebaptisée Violet ,va fuir son mari (entrepreneur sans scrupules qui profite de la ségrégation pour loger à prix d’or la population noire dans des taudis infâmes), et son pays d’origine pour se réfugier dans le Paris tant aimé de son père qui n’est plus de ce monde. Ce père sociologue, homme de conviction, et fervent défenseur du droit des opprimés.

Elle laissera derrière elle sa vie, son statut social, mais bien plus que tout , son fils chéri Tim, qui est ce qu’elle a de plus cher au monde.

Pour sa survie, pour l’espoir de le retrouver un jour, pour lui transmettre qui elle est, lui partager une autre vision … elle se BATTRA .

Son arme ? C’est  sa passion, son art…la photographie. Timidement, elle mettra son appareil photo entre elle et le reste du monde, et réhabilitera par la subtilité et l’amour de son regard, les plus démunis…

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Elle en fera alors son métier, puis son fer de lance au cœur des émeutes de Chicago où elle fera son retour 20 ans plus tard…

Vous l’aurez compris, c’est un roman qui nous parle d’engagements, de combats, de racisme, de la condition des femmes -encore et toujours- mais aussi d’art (la photo) et de musique ! … Un fond de jazz est omniprésent , comme un fil rouge envoûtant qui nous enveloppe de grâce et de poésie pour aller se confronter à cette période trouble de l’ Histoire de l’humanité… et malheureusement encore si contemporaine …

 » Morceaux choisis « 

«Dans sa violence, le destin m’envoie un signe : c’est ici et maintenant que je dois retrouver les ressources de ma survie. Elle ne devra rien à Adam, hormis l’argent du bracelet offert au temps où il ne ménageait pas ses efforts pour m’apprivoiser. Je ne pouvais le porter sans penser à tout ce qui s’était défait, et qui n’avait peut-être existé que dans l’esprit d’une gamine naïve et impatiente d’aimer . La froideur du métal reflétait celle de mon mari : une main glacée retenant mon poignet. »

« J’ai rencontré cet homme qui était amoureux de moi, rassurant, protecteur. à ce moment-là ma vie était une bataille, mon père était mort et tout à coup, j’avais le sentiment d’arriver au port. Et puis ça me permettait d’échapper à ma famille maternelle… »(…) « Dans mon milieu , la solitude était le sort réservé aux laides et aux veuves, que personne ne recevait car on les soupçonnait de voler les maris des autres. »

« Nous avons fait de la nuit notre territoire, ne dormant que par courtes redditions. Nous n’avions plus histoire ni passé, tenaillés par une faim insatiable. Son corps devenait la continuité du mien. Ma géographie l’émouvait. »

« Regardez ces visages de gosses, ces jeunes femmes qui nous sourient dans leur décor glauque, ces vieillards qui ont l’air de traverser le temps, d’avoir fait toutes les guerres… Ce qui touche, ce n’est pas leur univers sordide, c’est le regard que vous portez sur eux . Rien de misérabiliste, vous n’en faites pas des victimes. Au contraire, vous leur rendez leur dignité. En miroir vous ridiculisez ce monde de blanc qui les traite en inférieurs. Ces photos nous parlent aussi de celle qui les a prises…

« Après l’avoir quitté, Robert m’a dit que les Maghrébins étaient les Noirs des Français. Je m’interroge sur le besoin qu’ont les hommes de se fabriquer des inférieurs sous toutes les latitudes. »

« J’avais été lente à comprendre des choses importantes mais ce chemin était le mien; c’était à ce prix que je me sentais aujourd’hui plus solide et plus libre, capable de colère et d’amour. Je n’avais plus besoin que le fantôme de mon père me tienne la main. »

« Là où chantent les écrevisses », de Delia Owens

« Là où chantent les écrevisses », de Delia Owens

« Un marais n’est pas un marécage. Le marais c’est un espace de Lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel . » (Delia Owens – Là où chantent les écrevisses)

C’est dans ce marais d’une petite ville de Caroline du Nord, que va grandir la petite Kya, abandonnée de tous à son triste sort…La petite va survivre en son sein, apprendre la vie en observant ses habitants -du règne animal et végétal-, s’élever grâce à cette Nature, qui sera pour elle , son refuge et son unique famille.

Rejetée des humains, la « fille des marais » comme la surnomme les habitants de Barkley Cove, va pourtant devenir une magnifique jeune femme, et rencontrer l’Amour de sa vie en la personne de Tate, jeune homme sensible et cultivé, qui va lui apprendre à lire et à écrire, l’initier à la science et à la poésie…Et qui veille sur elle depuis toujours…Point de départ d’un chemin de vie extraordinaire pour Kya .

Mais le sort s’acharne ! Tate l’abandonne à son tour. Elle survit , encore une fois, mais sa profonde et pesante solitude, lui font baisser la garde. Elle croise le chemin d’un autre homme, puis le drame se produit…
Un destin hors du commun, un hymne à la Nature ,une histoire envoûtante dont l’intrigue nous tient en haleine jusqu’aux dernières lignes du livre…Une invitation au voyage intérieur, au retour à l’essentiel… des réflexions profondes sur les préjugés, la différence, la résilience…..

Un grand moment de lecture, duquel on ne voudrait plus sortir ! Immense coup de cœur..

Là où chantent les écrevisses est à lire absolument !!!

« Ce qu’il faut de nuit », de Laurent Petitmangin

« Ce qu’il faut de nuit », de Laurent Petitmangin

Masculin. C’est le premier mot qui me vient à propos de « Ce qu’il faut de nuit » de Laurent Petitmangin.

L’univers très masculin d’un père qui élève seul ses deux fils. Les femmes ne sont pas présentes ni au sein de cette famille, ni dans leur entourage. Le meilleur ami, l’ami du père, le foot, le parti…
Masculin. La « Moman » est en filigrane, tout le temps…mais elle est morte. Et ils grandissent tous les trois sans elle, mais avec sa présence, en filigrane, tout le temps…

Sa maladie, puis sa mort sont sans doute le point de départ de la chute de « Fus », l’aîné de la fratrie.

Masculin dans l’écriture aussi. Un côté pragmatique qui s’en tient aux faits. De la pudeur, de la retenue, de l’essentiel…pas de fioritures ici… la vérité brute, authentique. Un langage simple d’homme du peuple.

Un père militant socialiste, engagé qui n’a pas été épargné par la vie, mais qui sait en savourer les petits bonheurs ,entouré de ses fils. Et de l’immensité de l’amour qu’il leur porte.

Et puis tout bascule. L’aîné « fricote » avec le parti de Marine Le Pen, avec le FN .
Sidération pour ce père qui est déchiré au fond de lui, traversé par de nombreux sentiments comme la honte, l’échec, la culpabilité, la haine, l’effroi ..
Mais on a pas le temps de s’apitoyer sur son sort …car déjà, l’étape suivante est franchie. Puis celle d’après. Implacable.

Le récit nous tient en haleine du début à la fin , avec les sentiment permanent de pressentir la suite, sans vraiment oser y croire… On le referme avec « la gorge nouée » comme le titre « Libération ». Avec un éclairage, une vision différente de certains préjugés. Avec de la nuance donc.
Une émotion vive malgré tout, et des questionnements sur la vie, et ses circonstances « aggravantes » ou « atténuantes ».

Moi qui suit aussi une Maman, j’ai vécu avec force les états émotionnels de ce père démuni, dépassé par la vie …

…Et cette fin….

Je ne résiste pas à l’envie de vous partager cet extrait, cette rencontre du père avec le père de l’unique personnage féminin : la petite amie de Fus, dont on sait peu de choses , si ce n’est qu’elle milite au F. N et qu’elle était avec lui au moment des faits…
Face à face de deux hommes si opposés politiquement et idéologiquement et pourtant si proches à la fois dans leur rôle de « papa » , et dans leur condition …

« Mais j’étais d’accord avec le père de Krystyna, cette pauvre fille n’avait rien à faire dans le lot. Je lui avais dit comme cela au père. Ça avait eu l’air de le rassurer. Je lui avais dit aussi que je n’avais aucune idée de comment y arriver. Qu’il devait mieux savoir que moi comment convaincre sa fille. Il m’avait longuement regardé, totalement désarmé. Il m’avait resservi un gorgeon. Il s’était remis à soupirer en regardant ses mains. Putain, il était où le militant facho sûr de son fait ? Je ne voyais qu’un pauvre type, comme moi, tout aussi décontenancé. »

Ce livre a recueilli de nombreux prix : Georges Brassens, finaliste prix Femina des lycéens, prix des médias …
« Ce qu’il faut de nuit » de Laurent Petitmangin est également sélectionné pour le prix Rosine Perrier…