“Nus” de Laure Becdelièvre

“Nus” de Laure Becdelièvre

Récit ” contemplatif ” dans lequel s’entremêlent trois thèmes forts :

*La nudité bien sûr, notamment au travers du regard – artistique et sociétal – que l’on porte sur Mathilde, personnage principal de ce roman, qui est modèle vivant.

*Les attentats … et l’onde de choc liée à un concert devenu tristement célèbre … Mathilde et son compagnon ont perdu leur ami, leur frère de cœur ce soir là…Karim, jeune père de famille est mort sous les balles de cette terrible attaque meurtrière, et il a emporté avec lui l’innocence et la légèreté de ses amis, symbole de cette génération, meurtrie, marquée au fer rouge, foudroyée en plein bonheur…

* La vie ou plus précisément le fait de donner la vie. Car la vie et la mort flirtent ensemble tout au long de cette histoire .. L’une a pris ses racines sur l’autre… s’est invitée, s’est faite désirée, tel un pied de nez à la tragédie… au sein de ce couple quarantenaire, au creux du corps de Mathilde, qui jusqu’alors n’avait jamais envisagé de devenir Maman…

Ce roman est empli de sensibilité, de poésie, de douceur … Il nous invite à un temps calme, un temps de repos, un temps d’évasion, de retour à soi …

J’ai aussi beaucoup aimé découvrir l’univers artistique, ” l’envers du décor “,   de ces ateliers et écoles d’art … Un beau voyage en somme 😉 !

Résumé : 

“Mathilde est un modèle vivant de nu artistique en ateliers et écoles d’art. Son métier la pose et la comble, malgré la rupture avec sa mère que ce choix de vie lui a value dix ans plus tôt.

Drôle de métier pourtant, lorsqu’on tombe enceinte et qu’on peut difficilement cacher son corps qui change. Du jour où Mathilde attend un enfant, ses repères sont bouleversés, dans sa vie de muse comme dans sa vie de couple.

Son intimité lui échappe. Mais elle se sent aussi habitée, plus que jamais. Parée d’une nudité épaisse, lui donnant des forces inattendues pour affronter un monde qui a perdu ce qui lui restait d’insouciance, et où d’une balle de kalachnikov on peut perdre un ami.”

Pour accompagner cette lecture, je vous recommande  la tisane d’Achillée  ( les petites fleurs sur la photo ! ) , plante mère-veilleuse du Féminin, qui est ici tout indiquée 😉 ; n’hésitez pas à découvrir ses vertus, et bienfaits ici 🙂

“La femme révélée” de Gaëlle Nohant

“La femme révélée” de Gaëlle Nohant

J’ai découvert Gaëlle Nohant et sa plume extraordinaire à travers ce roman, sélection du prix Rosine Perrier 2021. Un coup de cœur immense pour ce destin de femme forte , qui se révèle à elle même au travers des épreuves : “la femme révélée” , une héroïne touchante de part sa fragilité et la force qu’elle va puiser en elle, grâce à sa furieuse envie de survivre…de VIVRE…

L’histoire :

Nous plongeons dans la grande Histoire, celle du Paris et du Chicago d’après guerre, des années 50 à 70.

Eliza, désormais rebaptisée Violet ,va fuir son mari (entrepreneur sans scrupules qui profite de la ségrégation pour loger à prix d’or la population noire dans des taudis infâmes), et son pays d’origine pour se réfugier dans le Paris tant aimé de son père qui n’est plus de ce monde. Ce père sociologue, homme de conviction, et fervent défenseur du droit des opprimés.

Elle laissera derrière elle sa vie, son statut social, mais bien plus que tout , son fils chéri Tim, qui est ce qu’elle a de plus cher au monde.

Pour sa survie, pour l’espoir de le retrouver un jour, pour lui transmettre qui elle est, lui partager une autre vision … elle se BATTRA .

Son arme ? C’est  sa passion, son art…la photographie. Timidement, elle mettra son appareil photo entre elle et le reste du monde, et réhabilitera par la subtilité et l’amour de son regard, les plus démunis…

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Elle en fera alors son métier, puis son fer de lance au cœur des émeutes de Chicago où elle fera son retour 20 ans plus tard…

Vous l’aurez compris, c’est un roman qui nous parle d’engagements, de combats, de racisme, de la condition des femmes -encore et toujours- mais aussi d’art (la photo) et de musique ! … Un fond de jazz est omniprésent , comme un fil rouge envoûtant qui nous enveloppe de grâce et de poésie pour aller se confronter à cette période trouble de l’ Histoire de l’humanité… et malheureusement encore si contemporaine …

” Morceaux choisis “

«Dans sa violence, le destin m’envoie un signe : c’est ici et maintenant que je dois retrouver les ressources de ma survie. Elle ne devra rien à Adam, hormis l’argent du bracelet offert au temps où il ne ménageait pas ses efforts pour m’apprivoiser. Je ne pouvais le porter sans penser à tout ce qui s’était défait, et qui n’avait peut-être existé que dans l’esprit d’une gamine naïve et impatiente d’aimer . La froideur du métal reflétait celle de mon mari : une main glacée retenant mon poignet. »

“J’ai rencontré cet homme qui était amoureux de moi, rassurant, protecteur. à ce moment-là ma vie était une bataille, mon père était mort et tout à coup, j’avais le sentiment d’arriver au port. Et puis ça me permettait d’échapper à ma famille maternelle…”(…) “Dans mon milieu , la solitude était le sort réservé aux laides et aux veuves, que personne ne recevait car on les soupçonnait de voler les maris des autres.”

“Nous avons fait de la nuit notre territoire, ne dormant que par courtes redditions. Nous n’avions plus histoire ni passé, tenaillés par une faim insatiable. Son corps devenait la continuité du mien. Ma géographie l’émouvait.”

“Regardez ces visages de gosses, ces jeunes femmes qui nous sourient dans leur décor glauque, ces vieillards qui ont l’air de traverser le temps, d’avoir fait toutes les guerres… Ce qui touche, ce n’est pas leur univers sordide, c’est le regard que vous portez sur eux . Rien de misérabiliste, vous n’en faites pas des victimes. Au contraire, vous leur rendez leur dignité. En miroir vous ridiculisez ce monde de blanc qui les traite en inférieurs. Ces photos nous parlent aussi de celle qui les a prises…

“Après l’avoir quitté, Robert m’a dit que les Maghrébins étaient les Noirs des Français. Je m’interroge sur le besoin qu’ont les hommes de se fabriquer des inférieurs sous toutes les latitudes.”

“J’avais été lente à comprendre des choses importantes mais ce chemin était le mien; c’était à ce prix que je me sentais aujourd’hui plus solide et plus libre, capable de colère et d’amour. Je n’avais plus besoin que le fantôme de mon père me tienne la main.”

“Ce qu’il faut de nuit”, de Laurent Petitmangin

“Ce qu’il faut de nuit”, de Laurent Petitmangin

Masculin. C’est le premier mot qui me vient à propos de “Ce qu’il faut de nuit” de Laurent Petitmangin.

L’univers très masculin d’un père qui élève seul ses deux fils. Les femmes ne sont pas présentes ni au sein de cette famille, ni dans leur entourage. Le meilleur ami, l’ami du père, le foot, le parti…
Masculin. La « Moman » est en filigrane, tout le temps…mais elle est morte. Et ils grandissent tous les trois sans elle, mais avec sa présence, en filigrane, tout le temps…

Sa maladie, puis sa mort sont sans doute le point de départ de la chute de « Fus », l’aîné de la fratrie.

Masculin dans l’écriture aussi. Un côté pragmatique qui s’en tient aux faits. De la pudeur, de la retenue, de l’essentiel…pas de fioritures ici… la vérité brute, authentique. Un langage simple d’homme du peuple.

Un père militant socialiste, engagé qui n’a pas été épargné par la vie, mais qui sait en savourer les petits bonheurs ,entouré de ses fils. Et de l’immensité de l’amour qu’il leur porte.

Et puis tout bascule. L’aîné « fricote » avec le parti de Marine Le Pen, avec le FN .
Sidération pour ce père qui est déchiré au fond de lui, traversé par de nombreux sentiments comme la honte, l’échec, la culpabilité, la haine, l’effroi ..
Mais on a pas le temps de s’apitoyer sur son sort …car déjà, l’étape suivante est franchie. Puis celle d’après. Implacable.

Le récit nous tient en haleine du début à la fin , avec les sentiment permanent de pressentir la suite, sans vraiment oser y croire… On le referme avec « la gorge nouée » comme le titre « Libération ». Avec un éclairage, une vision différente de certains préjugés. Avec de la nuance donc.
Une émotion vive malgré tout, et des questionnements sur la vie, et ses circonstances « aggravantes » ou « atténuantes ».

Moi qui suit aussi une Maman, j’ai vécu avec force les états émotionnels de ce père démuni, dépassé par la vie …

…Et cette fin….

Je ne résiste pas à l’envie de vous partager cet extrait, cette rencontre du père avec le père de l’unique personnage féminin : la petite amie de Fus, dont on sait peu de choses , si ce n’est qu’elle milite au F. N et qu’elle était avec lui au moment des faits…
Face à face de deux hommes si opposés politiquement et idéologiquement et pourtant si proches à la fois dans leur rôle de « papa » , et dans leur condition …

« Mais j’étais d’accord avec le père de Krystyna, cette pauvre fille n’avait rien à faire dans le lot. Je lui avais dit comme cela au père. Ça avait eu l’air de le rassurer. Je lui avais dit aussi que je n’avais aucune idée de comment y arriver. Qu’il devait mieux savoir que moi comment convaincre sa fille. Il m’avait longuement regardé, totalement désarmé. Il m’avait resservi un gorgeon. Il s’était remis à soupirer en regardant ses mains. Putain, il était où le militant facho sûr de son fait ? Je ne voyais qu’un pauvre type, comme moi, tout aussi décontenancé. »

Ce livre a recueilli de nombreux prix : Georges Brassens, finaliste prix Femina des lycéens, prix des médias …
“Ce qu’il faut de nuit” de Laurent Petitmangin est également sélectionné pour le prix Rosine Perrier…